A propos

Je m’appelle Géraldine Arlet, je vis à Marseille et je suis la créatrice des carnets de La Sardine Plastique.

Les carnets et surtout les écrits manuscrits font partie intégrante de ma vie. La libre expression, la sauvegarde de nos tranches de vie et la transmission par l’écrit se sont révélées à moi par le biais d’un vieil album photo.

Il y a quatre ans j’ai perdu mon grand-père. Passés le choc et le deuil, je me suis rendue compte que j’avais beaucoup de questions que je ne lui avais jamais posé. Par manque de temps et parce que je n’ai pas osé. Des questions sur sa vie, sur son métier, sur sa famille.

Depuis quatre ans, avec ma grand-mère, nous nous replongeons dans les albums de famille. Elle adore ça. Elle a fait un AVC en 2013 et depuis elle a beaucoup de mal à s’exprimer. La plupart du temps, la communication passe par l’image et par les expressions du visage. Pour elle, regarder les photos de famille c’est nous raconter ses souvenirs. A défaut de pouvoir répondre à nos questions, elle nous montre ce que la photographie a sauvegardé.

Un jour j’ai ouvert avec elle un vieil album que je ne connaissais pas. Dedans j’ai découvert des dizaines de photos de mon grand-père durant son service militaire. Tout ce que la famille avait pu m’en dire était qu’il était médecin militaire en Algérie, qu’il y avait adoré l’équitation et qu’il parlait très peu de cette période de sa vie.

J’ai été subjuguée par les portraits de lui à cheval et par les quelques images qu’il avait faites lui-même. Les photos étaient des polaroids et l’album semblait vieux mais il était parvenu jusqu’à nous. Le temps a tout de même tendance à voiler les tirages et j’avais peur que les années n’effacent tout.

J’ai emprunté l’album à ma grand-mère pour numériser les photos. Il a voyagé avec moi de Paris à Marseille et j’ai commencé par le premier cliché que j’ai glissé, à l’envers, dans le scanner. Et pour la première fois de ma vie j’ai découvert l’écriture de mon grand-père.

Il avait écrit derrière chacun des tirages. Au moins le lieu et les personnes présentes et parfois une pensée. De voir son écriture manuscrite ça a été comme si j’entendais sa voix me raconter les mois qu’il a passés en Algérie. C’était comme si je le retrouvais. Un beau paradoxe puisque je n’avais jamais vu son écriture. Cette découverte a été une émotion pour toute la famille.

C’est là où l’écriture manuscrite s’est imposée à moi. Si mon grand-père avait écrit sur une machine à écrire ou sur un ordinateur l’émotion aurait été absente des écrits. Son écriture faisait partie de sa personnalité, elle était unique. Et par conséquent elle était un peu de lui aussi.

¨ J’aime l’idée que dans 50 ans, nos enfants puissent se pencher sur
un de nos carnets pour nous découvrir ou se souvenir de nous. ¨

Soudain j’ai eu envie de fabriquer des objets vecteurs d’émotions, des objets à transmettre à ses proches comme une pierre précieuse que l’on lègue. Mais des objets qui parleraient aussi de ses propriétaires, des objets vecteurs d’histoires et de mémoires.

Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours été attirée par le papier. Que ce soit en tant que matière ou en tant que support d’écriture et de dessin. J’ai fait des études d’art et j’y ai appris les bases de la reliure. Par la suite je me suis spécialisée en photographie et le papier est sorti temporairement de ma vie.

Après la découverte de l’écriture de mon grand-père je me suis remise à écrire. Et surtout à écrire à la main. J’ai sorti les vieux carnets vierges qui trainaient dans mon placard. J’ai vite manqué de papier et j’ai dû renouveler mon stock. Au lieu d’en acheter, je les ai fabriqués.

Tu as sûrement remarqué que la photographie est rarement mise en avant dans la papeterie. Elle est souvent ringarde, vieillotte, pour ne pas dire laide.  Cela désolait mon âme de photographe. Du coup j’ai commencé à créer des carnets avec mes photographies en couverture. Des clichés légèrement abstraits et poétiques pour que chacun se l’approprie à sa façon. Pour la passion du papier j’ai aussi mélangé les matières : papier kraft, papier calque, papier à dessins sont parmi les papiers que j’utilise.

 

La Sardine Plastique est née de cette envie d’objets vecteurs de mémoire et d’émotions et de mon amour pour la photographie et le papier. Le nom de la marque en est d’ailleurs un clin d’œil.

La Sardine fait référence à la légende de la sardine qui a bouché le Vieux Port. Une histoire qui se raconte de générations en générations et qui fait le patrimoine de Marseille. Ville dans laquelle j’ai créé la marque et dans laquelle je vis toujours. Pour la petite anecdote c’est aussi le lieu de prise de vue de la première photo de mon grand-père dans l’album.

Le mot Plastique fait référence aux arts plastiques et veut redonner sa noblesse au mot. Avant d’être une matière, le plastique est un adjectif signifiant : « qui a le pouvoir de donner forme ». Quel meilleur mot pour parler de la personnification de notre écriture et de la maniabilité du papier ?

Mes carnets se veulent des carnets pour s’exprimer, sauvegarder et transmettre. D’un carnet à l’autre ils t’invitent à libérer ta parole et ta créativité, à raconter et à partager. Non pas pour être transmis dans la minute mais parce que

« J’aime l’idée que dans 50 ans, nos enfants puissent se pencher sur un de nos carnets pour nous découvrir ou se souvenir de nous. »